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09.06.2004

Sans appareil

A défaut d'un appareil photo viable (trois réparateurs dans trois villes différentes, deux constats d'échec, un faux espoir), je fais fonctionner mes yeux comme un objectif. Je scrute, je focalise presque malgré moi, par force de regret, et accumule dans ma frêle memoire les photos que j'aurais pu faire, celle que j'aurais aimé reussir, les mémorisant tant bien que mal puisque je ne peux les fixer, ces images.

Pourtant, Dieu que ce pays est photogénique. C'est un ciel qui ne se permet jamais d'être fade, une lumière toujours là, à l'aube, pour allonger les ombres, un soir qui tombe dans le bleu noir d'une nuit américaine ou dans des rouges furieux. Ce sont des motifs répétés, des chapeaux coniques et des bols de pho, des idéogrammes et de la vapeur d'encens. Ce sont des vies qui se font dans la rue, des siestes improvisées sur le siège d'une moto, des enfants qu'on nourrit sur les trottoirs. Des maisons d'une seule pièce, portes grandes ouvertes sur la rue, des néons qui eclairent des murs pastels décatis, une vieille femme assise sur le carrelage. Aussi des rizières à perte de vue, des courbes se perdant dans l'horizon, des tombeaux plantés seuls sur les pentes de montagnes touffues, des gens qui sourient dès qu'on les regarde, des familles entières a cinq sur une mobylette, que sais-je encore ? Un pays de photos.

J'aurais aimé pouvoir photographier ce vieillard famélique et torse nu, le bras posé sur son comptoir dans le quartier chinois de Cholon. Cette fille, un pied sur une marche, l'autre sur le trottoir, qui vidait une bouilloire dans un grand seau. Ces jeunes qui faisaient de maladroits garde à vous face à leurs fusils posés en étoile, juste à côté de manèges pour enfants...

Surtout, photographier ce charmant rendez-vous de la nuit tombée, dans le petit parc qui longe l'avenue Pham Ngu. Des motos sagement rangées, une tous les trois mètres. Et sur chaque moto, un couple se bécotant, ce sur des centaines de mètres. A Saigon, dans les parcs, c'est baisers et Badminton. Ça, d'ailleurs, faudra qu'on en reparle.

Rédigé le 09.06.2004 | Lien permanent

Commentaires

Les petits signes de la vie sont pénétrables à souhait contrairement aux voies de l'autre, là. Personnellement, je pense que ton appareil photo s'est jeté volontairement à l'eau pour que tu utilises tes yeux.

En fait, je trouve triste que nous décrives ce que tu aurais voulu photographier. D'une part, parce que le rappeler ne change rien à la situation et d'autre part parce que je préfèrerais que tu nous décrives ces gens et c'est choses tels que tu les vois et pas tels que tu les vois à travers ton absence d'objectif... ;)

Des souvenirs de photos que tu n'as pas pu prendre, pourquoi pas. Mais n'oublie pas de rapporter des souvenirs tout court et surtout de profiter du fait que tu as ces futurs souvenirs sous les yeux... :)

Désolé si j'ai pu paraître un peu rustre... :/

Bonne continuation à vous deux ! (Non, ce n'est pas exactement à ton appareil photo que je faisais allusion... :))

Rédigé par : Cybertooth | juin 10, 2004 02:52 PM

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