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02.06.2004

Couchette, episode 3

Je ne sais trop si un carnet de voyage doit suivre une chronologie linéaire. Je n'ai pas accès à Internet a chaque poussée d'ecriture. J'accumule donc, et je distribuerai par occasions, dans un désordre qu'il vous appartiendra de réarranger. Ce carnet fera de petits bonds, parlera d'aujourd'hui, puis d'une promenade vieille de quelques jours.

Ceci, par exemple, vient du train dont je viens de sortir.

Encore un train couchette. Après un aller retour vers Sapa, une nouvelle nuit a dormir sur les rails. Nous partageons la cabine avec un couple de sexagenaires vietnamiens. Elle a mal à la tête, passe son temps à dormir. Lui lit un magazine, s'épile quelques sourcils blancs, déambule, s'occupe de nous. Il nous prépare la pho instantanée que l'on nous a distribuée à 7h. Nous sommes allés, après, fumer une cigarette ensemble, entre deux wagons. Il m'a montré la riviere que nous longeions dans une aube éblouissante, m'a expliqué avec trois mots de français et de grands gestes qu'ici, les avions américains ont beaucoup bombardé avant d'être abattus. Nous approchons de Hué. Nous sommes parfois entourés de jungle, et j'ai Mrs Robinson sur les oreilles. Une grande pulsion cliché me pousse à écouter des morceaux américains de l'époque.

Après une nuit tumultueuse, rythmée par quelques chocs d'une violence inouïe (Boum, mon Dieu, coeur a mille a l'heure, décharge d'adrenaline, que se passe-t-i ?), nous avons été réveillés par ces hauts parleurs qui, au moment du départ, diffusaient le règlement du train en trois langues. Pour le réveil, c'était Unchained Melody version Muzak. L'industrie de la mauvaise musique doit être l'une des plus lucratives ici bas.

Après le réveil, encore trois heures avant d'arriver à destination. On se pose contre une vitre, on regarde défiler des rizières, des rizières et des rizières. On s'amuse de la photogénie ultime de ces chapeaux coniques, élément décoratif rêvé, ingrédient indispensable du paysage vietnamien, d'autant plus judicieux s'il est vu de loin, seul, petite forme claire perdue au milieu d'une large plaine : des épis de riz, des épis de riz, un chapeau, des épis de riz.

Et puis des buffles d'eau, des tombeaux fastueux émergeant des mauvaises herbes, des motos, encore, encore, un rat mort dans un piege sur le quai, la moiteur que vous retrouvez a la descente du train.

Rédigé le 02.06.2004 | Lien permanent

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