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27.05.2004

On y est

Le deuxieme avion etait vide, l'aeroport l'etait plus encore. Dans les halls, plus vastes que de raison, quelques passagers, des militaires trainant des pieds sur un carrelage trop bien lustre, aucune affiche, pas un panneau d'indication, juste une piece avec de vieux ordinateurs et des etageres a casquettes et trois guichets douaniers dans lesquels des soldats s'ennuient, verifient votre passeport et votre fiche de renseignements sans esquisser un sourire. La boutique duty-free est austere, les vitrines bouchees par un amoncellement de cartons de climatiseurs.
Le premier sourire sera celui de Duc Tue. Il etait etudiant a l'ecole de journalisme avec moi.Une embrassade, on se dirige vers la jeep, qu'il conduira lentement jusqu'a Hanoi, l'oncle de sa femme lui murmurant des conseils en vietnamien alors qu'il nous decrit ce aui nous entoure.
Des chantiers, des chantiers. Des ouvriers par terre, posant les paves sur la voirie. Des ouvriers dans les airs, sur des etageres en bambou. Des immeubles etroits (les taxes se calculent a la largeur des batiments), faits pour etre colles les uns aux autres, mais encore isoles dans une banlieue en construction : on n'a pas pris la peine d'en peindre les cotes. Poussiere, blocs de ciments, pelles... Hanoi s'etend, nous explique Tue.
Le vol est passe tres vite, et nous voyons les rues depuis une jeep. Nous n'avons pas encore le sentiment d'y etre. Il y a les chapeaux pointus, les groupes qui mangent le pho sur les trottoirs, les massives sculptures abstraites remerciant l'U.R.S.S pour son aide dans la construction d'un pont, les mobylettes par milliers. C'est encore une carte postale. Il faudra la chaleur a la sortie de la voiture, les klaxons en continu, lointains depuis la chambre d'hotel, la vue d'un vieil homme somnolant dans une piece cachee derriere des bambous, l'odeur de la coriandre, pour aue nous nous disions : 'on y est'.

Rédigé le 27.05.2004 | Lien permanent

Commentaires

"un jour où l'on est sûr que le pire n'est pas sûr
Dire Vietnam, c'est ouvrir un tiroir à images. Mendès France, Diên Biên Phu, les manifs en soutien à la lutte victorieuse du courageux peuple vietnamien, les comités Vietnam de base et la guitare de Jimmy Hendrix.
Une boule de nostalgie vous chavire comme les slows collants des dancings de Saigon dont parle Jean-Claude Guillebaud ("la colline des Anges - avec Raymond Depardon - Seuil 1993). Et les images tournent et vous grignotent le coeur. Que voulez-vous, c'était le vietnam mais c'était nos vies aussi !
La petite tonkiki-tonkinoise en sépia colonial sur le buffet de Concarneau au-dessus du fleuve Rouge. La citroën du gouverneur sur le pont Paul-Doumer. Hanoi. Les vélos qui transportent des tonnes d'armes et de vivres sur la piste Hô Chi Minh. De la rue Sans-Joie à la Colline des Anges, des putes acidulées à l'Amant de Duras, du bonze en flamme devant la petite Austin bleue à Apocalypse Now, de licorne en dragon, de phénix en tortue, nos vies ne seront pas assez longues pour oublier le Vietnam"
D. Mermet - Hanoi 8 Novembre 1994 - (1ère partie)

Rédigé par : kukai | mai 29, 2004 02:11 PM

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