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30.05.2004

Les vietnamiennes malades

Lao Cai, trou du cul du Vietnam, gare de transit entre la region de Sapa, ses villages et ses ethnies en costume traditionnel et le reste du pays. Il n'y a rien a Lao Cai, sinon de la poussiere, une gare et des voitures electriques qui vous emmenent a la frontiere chinoise pour 25.000 dongs. Avec Ken, un Canadien qui ressemble a Ken, on a soudoye un chauffeur pour avoir le droit de conduire une de ces petites voitures. On est alle a la frontiere, il n'y avait rien a voir, sinon que les publicitess de l'autre cote du pont etaient en ideogrammes.
Lao Cai, vide, sale et sordide, donc. Mais passage oblige. Le train pour Hanoi part a 21h15, mais les mini-bus partant de Sapa pour Lao Cai vous y deposent a 17h. Ces mini bus, tout un poeme. On y trouve une categorie bien particuliere, les vietnamiennes malades. Il y en a generalement trois ou quatre par bus, qui se couvrent la bouche avant meme de s'installer et prennent les sieges a cote des fenetres. Elles savent qu'elles seront malades, elles le sont. En bonus pour ce voyage-ci : le vieux vietnamien qui renacle. Un bonheur.

29.05.2004

Familière

2-0. Chaque pays visité me verra donc mettre un pièce un nouvel appareil photo. Après l'Ixus noyé dans le Guarana au Brésil, voici le Nikon trop vite rangé (allumé) dans un sac à dos bordélique. Le zoom est mort, et me voila hésitant devant les vieux réflexes argentiques vendus dans les boutiques de photo de Sapa. Histoire de continuer a prendre des photos, c'est un besoin. Tué a eu la gentillesse de me prêter un réflexe numérique (c'est bien ces bêtes-là) une après-midi durant et de me les graver sur CD. Une centaine de clichés pris à Hanoï en quelques heures, je devrais pouvoir en publier quelques-unes rapidement. Maigre consolation...

viet1Il y a beaucoup à dire, tant il y eut de choses faites, de choses vues, et si peu de temps pour écrire (sans compter la lenteur d'internet dans les cybercafes de Hanoï et ses environs). Sommes partis depuis quand, quatre jours, deux heures, six mois ? Chaque jour est un séjour, la panse des perceptions est chaque soir pleine, repus que nous sommes au moment de tirer les rideaux, épuisés, bienheureux.

Nous avons quitté Hanoï pour la première fois hier matin, y sommes revenus pour la première fois le soir même. C'était déjà un heureux retour, c'était déjà les belles retrouvailles avec une ville dont l'altérité nous avait pris à bras le corps, trop brusque pour ne pas être tout de suite familière. Il y avait déjà de la joie, il y avait déjà un lien.

J'aime ce sentiment qui me prend sans jamais manquer son coup dans ces villes étrangères qui m'apprivoisent en quelques senteurs, en quelques bruits. On se réveille à Hanoï, premier matin. Et comme pour tant d'autres réveils, dans tant d'autres villes, il y a ces sons qui sont autres, la fraîcheur artificielle de la chambre d'hôtel, la moiteur que l'on devine au dehors, tous ces indices de l'ailleurs qui nous saisissent avanat même que l'on ait posé un pied hors du lit. Là, on sait que le petit déjeuner sera différent, on sait que l'on va être écrasé par l'air lourd dès que l'on poussera la porte de l'hôtel, on sait qu'on va être perdu. Joie. Hanoï, une terre d'adoption de plus, de nouvelles rues que j'aimerais habiter plus encore. Encore un endroit qu'on aimerait ne plus quitter.

viet2On aimerait ne pas avoir à abandonner ces bols fumants de pho, posés sur des tables en plastique pour enfants, sur le trottoir, éclairées la nuit par des ampoules nues. Ne pas perdre ce maëlstrom de mobylettes, à trois à quatre sur la même, avec bébé devant, en amazone si vous êtes en jupe et talons mesdames, cette circulation schizophrène, à la fois sage et anarchique, ces klaxons qui remplacent les feux de croisement. Ne pas oublier ces vieilles dames coquettes, qui oublient leur visage parcheminé pour reprendre un regard coquin alors qu'elles s'abandonnent sous la lente brosse du coiffeur après s'être allongées pour un long long shampoing dans un salon ouvert sur la rue, des phos, des herbes, des canards à côté. Ne pas oublier les barbiers posés au coin des rues, les familles que l'on voit devant la télé dans l'arrière boutique, l'odeur de la coriandre et les bouteilles de bière trop grandes, les assiettes qui débordent d'échalottes, les rires presque trop naïfs des jeunes filles, les vidéos de karaoké dans les taxis, les chapeaux pointus, les ventilateurs réparés sur le trottoir, l'encens qui pique les yeux aux abords des temples, ce café trop fort dans son minifiltre en métal...

Ce n'étaient que deux petites journées. Ce ne sont que de petits détails. Il y a aussi des histoires à raconter. Et puis des trains, et de nouveaux ailleurs. Je vous écris depuis un village dans les montagnes. Gwen se repose d'une journée de marche parmi les rizières. Il y a, déjà, encore plein de choses à raconter.

27.05.2004

On y est

Le deuxieme avion etait vide, l'aeroport l'etait plus encore. Dans les halls, plus vastes que de raison, quelques passagers, des militaires trainant des pieds sur un carrelage trop bien lustre, aucune affiche, pas un panneau d'indication, juste une piece avec de vieux ordinateurs et des etageres a casquettes et trois guichets douaniers dans lesquels des soldats s'ennuient, verifient votre passeport et votre fiche de renseignements sans esquisser un sourire. La boutique duty-free est austere, les vitrines bouchees par un amoncellement de cartons de climatiseurs.
Le premier sourire sera celui de Duc Tue. Il etait etudiant a l'ecole de journalisme avec moi.Une embrassade, on se dirige vers la jeep, qu'il conduira lentement jusqu'a Hanoi, l'oncle de sa femme lui murmurant des conseils en vietnamien alors qu'il nous decrit ce aui nous entoure.
Des chantiers, des chantiers. Des ouvriers par terre, posant les paves sur la voirie. Des ouvriers dans les airs, sur des etageres en bambou. Des immeubles etroits (les taxes se calculent a la largeur des batiments), faits pour etre colles les uns aux autres, mais encore isoles dans une banlieue en construction : on n'a pas pris la peine d'en peindre les cotes. Poussiere, blocs de ciments, pelles... Hanoi s'etend, nous explique Tue.
Le vol est passe tres vite, et nous voyons les rues depuis une jeep. Nous n'avons pas encore le sentiment d'y etre. Il y a les chapeaux pointus, les groupes qui mangent le pho sur les trottoirs, les massives sculptures abstraites remerciant l'U.R.S.S pour son aide dans la construction d'un pont, les mobylettes par milliers. C'est encore une carte postale. Il faudra la chaleur a la sortie de la voiture, les klaxons en continu, lointains depuis la chambre d'hotel, la vue d'un vieil homme somnolant dans une piece cachee derriere des bambous, l'odeur de la coriandre, pour aue nous nous disions : 'on y est'.

26.05.2004

Transit

Aeroport de Singapour. Internet Gratuit, debout et en clavier qwerty : vous excuserez l'absence d'accents et les echappees de quelques 'q' mal places...
A l'aeroport de Singapour, donc, il y a de la moquette partout, des tapis roulants des qu'il y a plus de cinq metres a parcourir, des magasins proposant tous les appareils photos numeriques existants, des ecrans geants branches sur CNN et une terrasse avec des tournesols. Sur cette terrasse, une ligne jaune : a gauche, on peut fumer, a droite on peut pas. Cela donne lieu a de petites scenes rigolotes, quand le chef des tournesols vient engueuler les passagers qui fument du mauvais cote de la ligne. On a filme tout ca...

Sinon, douze heures de vol, un reveil dans l'aube, et cette image universelle qui s'offrait a nous de l'autre cote du hublot : un ocean de palmiers baigne dans une brume irreelle, certains arbres se detachant plus distinctement tels de vagues fantomes. Encore une fois j'ai pense au Colonel.

Ce sera plus interessant une fois sur place. Un avion a prendre : au depart, ils nous offrent des serviettes chaudes comme dans les restos du treizieme....

24.05.2004

Le Visa

passportLa première image du Vietnam sera donc le visa. Les passeports sont revenus. Sur une page, cet autocollant aux bords arrondis, au fond parsemé de ces motifs censés empêcher la copie. Une signature officielle, un tampon bien rouge, et ce logo, en haut, communiste, irréel.

S'il fallait un objet, une image pour sonner le départ, c'était lui : pour aller au Vietnam, il aura fallu que le Vietnam vienne d'abord à nous, par cet autocollant à l'altérité manifeste, ce logo et ces légendes en viet et en anglais qu'on imagine mal produits, imprimés, collés, validés, tamponnés en France. On est déjà en possession d'un produit local, on a déjà un fil vers là-bas.

saigonpropagandeCe sera sans doute pour la deuxième moitié du séjour. Le Sud, le pays le plus urbain, le plus baigné dans le communisme, la ville qui porte le nom du leader, la propagande, les posters lyriques, les ouvriers modèles, les soldats exemplaires, les mères Courage. Tout ça, calme, certain, posé gigantesque surplombant des rues grouillantes, au-dessus d'autos furibardes que j'espère vieilles. Vieilles au moins comme Marguerite Duras (si elle n'était pas morte).

Au Brésil, j'avais photographié tous les autocollants en faveur de Lula que j'avais croisés. En Thaïlande, j'étais obsédé par les gens à moto. Au Vietnam, sans doute serai-je tenté de recenser la propagande qui m'entourera. D'autres ont déjà admirablement fait ce boulot là : Saigon Poster Art. Il y aussi cette collection là. Et puis celle-ci. Et puis ces photos là. Tout est dit, donc. Ou bien non.

22.05.2004

Avant le départ

Village de Sapa, au Nord. Photo volée sur http://www.sxc.huL'avion décollera mardi, 13h35. Douze heures de vol, trois heures d'escale, deux heures et demi de vol, Hanoï. D'ici là, des questions sans réponse sur les risques de paludisme, un parcours que l'on essaye de planifier sans nous faire d'illusion sur l'inertie de certains départs ni sur l'anarchie des trajets, des petits achats, moustiquaire, anti-moustique, chaussures de marche, pansements, on a pensé aux pansements ?

Il y aura Hanoï, il y aura les tribus du Nord, des baies, des jonques, des plages et des jungles. Il y aura le communisme, les drapeaux rouges, les visites cérémonieuses sur la tombe d'Ho Chi Minh, le gazon des parcs taillés aux ciseaux, les vieilles dames aux chapeaux pointus qui vendent des légumes dans des chapeaux ronds, des vélos, des bus et des trains bondés. Il y aura des clichés : je chercherai cette plage où un colonel avait surfé, Gwen cette baie orangée d'où se découpait Deneuve.

Il y aura plein de choses, on ne saura pas ce que l'on y trouvera. Les fantasmes y sont plus vagues, plus flottants que pour le Brésil. Je pars à l'inconnu, je me rends pas encore compte à quel point, et c'est tant mieux. Nous verrons bien ce que j'aurai à raconter dans le premier cybercafé trouvé dans les rues d'Hanoï. Il y aura du bruit dehors, sûrement. L'air sera un peu moite, la lumière un peu faible, et je serai distrait du clavier par la vie alentour. Vivement tout ça.