2-0. Chaque pays visité me verra donc mettre un pièce un nouvel appareil photo. Après l'Ixus noyé dans le Guarana au Brésil, voici le Nikon trop vite rangé (allumé) dans un sac à dos bordélique. Le zoom est mort, et me voila hésitant devant les vieux réflexes argentiques vendus dans les boutiques de photo de Sapa. Histoire de continuer a prendre des photos, c'est un besoin. Tué a eu la gentillesse de me prêter un réflexe numérique (c'est bien ces bêtes-là) une après-midi durant et de me les graver sur CD. Une centaine de clichés pris à Hanoï en quelques heures, je devrais pouvoir en publier quelques-unes rapidement. Maigre consolation...
Il y a beaucoup à dire, tant il y eut de choses faites, de choses vues, et si peu de temps pour écrire (sans compter la lenteur d'internet dans les cybercafes de Hanoï et ses environs). Sommes partis depuis quand, quatre jours, deux heures, six mois ? Chaque jour est un séjour, la panse des perceptions est chaque soir pleine, repus que nous sommes au moment de tirer les rideaux, épuisés, bienheureux.
Nous avons quitté Hanoï pour la première fois hier matin, y sommes revenus pour la première fois le soir même. C'était déjà un heureux retour, c'était déjà les belles retrouvailles avec une ville dont l'altérité nous avait pris à bras le corps, trop brusque pour ne pas être tout de suite familière. Il y avait déjà de la joie, il y avait déjà un lien.
J'aime ce sentiment qui me prend sans jamais manquer son coup dans ces villes étrangères qui m'apprivoisent en quelques senteurs, en quelques bruits. On se réveille à Hanoï, premier matin. Et comme pour tant d'autres réveils, dans tant d'autres villes, il y a ces sons qui sont autres, la fraîcheur artificielle de la chambre d'hôtel, la moiteur que l'on devine au dehors, tous ces indices de l'ailleurs qui nous saisissent avanat même que l'on ait posé un pied hors du lit. Là, on sait que le petit déjeuner sera différent, on sait que l'on va être écrasé par l'air lourd dès que l'on poussera la porte de l'hôtel, on sait qu'on va être perdu. Joie. Hanoï, une terre d'adoption de plus, de nouvelles rues que j'aimerais habiter plus encore. Encore un endroit qu'on aimerait ne plus quitter.
On aimerait ne pas avoir à abandonner ces bols fumants de pho, posés sur des tables en plastique pour enfants, sur le trottoir, éclairées la nuit par des ampoules nues. Ne pas perdre ce maëlstrom de mobylettes, à trois à quatre sur la même, avec bébé devant, en amazone si vous êtes en jupe et talons mesdames, cette circulation schizophrène, à la fois sage et anarchique, ces klaxons qui remplacent les feux de croisement. Ne pas oublier ces vieilles dames coquettes, qui oublient leur visage parcheminé pour reprendre un regard coquin alors qu'elles s'abandonnent sous la lente brosse du coiffeur après s'être allongées pour un long long shampoing dans un salon ouvert sur la rue, des phos, des herbes, des canards à côté. Ne pas oublier les barbiers posés au coin des rues, les familles que l'on voit devant la télé dans l'arrière boutique, l'odeur de la coriandre et les bouteilles de bière trop grandes, les assiettes qui débordent d'échalottes, les rires presque trop naïfs des jeunes filles, les vidéos de karaoké dans les taxis, les chapeaux pointus, les ventilateurs réparés sur le trottoir, l'encens qui pique les yeux aux abords des temples, ce café trop fort dans son minifiltre en métal...
Ce n'étaient que deux petites journées. Ce ne sont que de petits détails. Il y a aussi des histoires à raconter. Et puis des trains, et de nouveaux ailleurs. Je vous écris depuis un village dans les montagnes. Gwen se repose d'une journée de marche parmi les rizières. Il y a, déjà, encore plein de choses à raconter.
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