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29.05.2004
Familière
2-0. Chaque pays visité me verra donc mettre un pièce un nouvel appareil photo. Après l'Ixus noyé dans le Guarana au Brésil, voici le Nikon trop vite rangé (allumé) dans un sac à dos bordélique. Le zoom est mort, et me voila hésitant devant les vieux réflexes argentiques vendus dans les boutiques de photo de Sapa. Histoire de continuer a prendre des photos, c'est un besoin. Tué a eu la gentillesse de me prêter un réflexe numérique (c'est bien ces bêtes-là) une après-midi durant et de me les graver sur CD. Une centaine de clichés pris à Hanoï en quelques heures, je devrais pouvoir en publier quelques-unes rapidement. Maigre consolation...
Il y a beaucoup à dire, tant il y eut de choses faites, de choses vues, et si peu de temps pour écrire (sans compter la lenteur d'internet dans les cybercafes de Hanoï et ses environs). Sommes partis depuis quand, quatre jours, deux heures, six mois ? Chaque jour est un séjour, la panse des perceptions est chaque soir pleine, repus que nous sommes au moment de tirer les rideaux, épuisés, bienheureux.
Nous avons quitté Hanoï pour la première fois hier matin, y sommes revenus pour la première fois le soir même. C'était déjà un heureux retour, c'était déjà les belles retrouvailles avec une ville dont l'altérité nous avait pris à bras le corps, trop brusque pour ne pas être tout de suite familière. Il y avait déjà de la joie, il y avait déjà un lien.
J'aime ce sentiment qui me prend sans jamais manquer son coup dans ces villes étrangères qui m'apprivoisent en quelques senteurs, en quelques bruits. On se réveille à Hanoï, premier matin. Et comme pour tant d'autres réveils, dans tant d'autres villes, il y a ces sons qui sont autres, la fraîcheur artificielle de la chambre d'hôtel, la moiteur que l'on devine au dehors, tous ces indices de l'ailleurs qui nous saisissent avanat même que l'on ait posé un pied hors du lit. Là, on sait que le petit déjeuner sera différent, on sait que l'on va être écrasé par l'air lourd dès que l'on poussera la porte de l'hôtel, on sait qu'on va être perdu. Joie. Hanoï, une terre d'adoption de plus, de nouvelles rues que j'aimerais habiter plus encore. Encore un endroit qu'on aimerait ne plus quitter.
On aimerait ne pas avoir à abandonner ces bols fumants de pho, posés sur des tables en plastique pour enfants, sur le trottoir, éclairées la nuit par des ampoules nues. Ne pas perdre ce maëlstrom de mobylettes, à trois à quatre sur la même, avec bébé devant, en amazone si vous êtes en jupe et talons mesdames, cette circulation schizophrène, à la fois sage et anarchique, ces klaxons qui remplacent les feux de croisement. Ne pas oublier ces vieilles dames coquettes, qui oublient leur visage parcheminé pour reprendre un regard coquin alors qu'elles s'abandonnent sous la lente brosse du coiffeur après s'être allongées pour un long long shampoing dans un salon ouvert sur la rue, des phos, des herbes, des canards à côté. Ne pas oublier les barbiers posés au coin des rues, les familles que l'on voit devant la télé dans l'arrière boutique, l'odeur de la coriandre et les bouteilles de bière trop grandes, les assiettes qui débordent d'échalottes, les rires presque trop naïfs des jeunes filles, les vidéos de karaoké dans les taxis, les chapeaux pointus, les ventilateurs réparés sur le trottoir, l'encens qui pique les yeux aux abords des temples, ce café trop fort dans son minifiltre en métal...
Ce n'étaient que deux petites journées. Ce ne sont que de petits détails. Il y a aussi des histoires à raconter. Et puis des trains, et de nouveaux ailleurs. Je vous écris depuis un village dans les montagnes. Gwen se repose d'une journée de marche parmi les rizières. Il y a, déjà, encore plein de choses à raconter.
Rédigé le 29.05.2004 | Lien permanent
Commentaires
Je lis, je ferme les yeux, j'y suis.
Rédigé par : tita67 | mai 31, 2004 10:18 PM
Ce billet m'évoque "A la verticale de l'été", le film, que tu as peut-être vu.
Est-ce le voyage et le dépaysement, ou est-ce le propre de cette péninsule, je ne sais, mais l'Asie nous ramène à notre corps et à nos sensations, inévitablement.
Ah, les rires "presque trop naïfs des jeunes filles"...
Peu avant que l'avion n'atterrisse, mon beau-papa m'avait dit : tu verras, l'Asie a une inimitable odeur de fleurs. En effet, le jasmin embaumait l'air, timidement en Thaïlande, de façon prégnante au Cambodge. Désormais c'est ma madeleine, je pense à l'odeur du jasmin et je suis là-bas.
Rédigé par : manur | mai 29, 2004 09:17 PM
Un jour où l'on est sûr que le pire n'est pas sûr" Suite
"Rien de tout cela en arrivant.
Le "socialisme de marché" a déjà tout effacé. On frissonne d'atterir sur une terre gorgée de fer et de sang, comme si toute honte était bue, le Vietnam vous donne l'air d'avoir digéré l'épouvante. On croit partir pour la mémoire, on arrive pour le rire et l'oubli.
La moitié du Vietnam a moins de vingt ans. Depuis la fin du conflit en 1975, la population a augmenté de 25 millions d'habitants ! Alors combien pèsent les fantômes de ces images ? Et combien pèsent les Dream ? Dream, c'est le nom de ces milliers de petites motos japonaises qui pétaradent et envahissent tout. Le rêve de tout vietnamien aujourd'hui, c'est la Dream.
Le soir à Hanoi, toute la famille, papa, maman, et deux ou trois enfants habillés beaux sur LA Dream se baladent tout joyeux. La balade du soir pour toute la ville. On rattrape les années croupissantes. On rattrape le reste du monde. On relève la tête et le Vietnam.
Certes, depuis l'ouverture en 1989, l'enthousiasme retombe. Les pièges apparaissent, très crus. La "loi du marché" s'impose, aussi aliènante que la bureaucratie d'hier ou l'ordre divin de toujours. Mais le pire est-il sûr ? Et peut-on changer le scénario ? Y-a-t-il un pilote sur la Dream et qui sait où sont les freins ?
Allons voir.
Allons rencontrer les revenants, les restants, les mutants, la Vache-qui-rit, le 17e parallèle, la mémoire souterraine. Allons voir les heureux enfants des rizières couchés sur le dos des buffles d'eau, les vieux lettrés francophiles en béret basque et les bonzes érudits. Les cimetières militaires ne sont jamais loin, mais jamais loin non plus les anciennes sagesses.
"Good Morning Vietnam"
C'est écrit sur les T-Shirts des petites putes des boîtes de Saigon. Elles ignorent que c'était un film de plus sur la guerre. Aujourd'hui elles se disent que ça veut simplement dire "Bonjour Vietnam "
Il y a des jours où l'on est sûr que le pire n'est pas sûr"
D. Mermet, Hanoi, 8 Novembre 1994
Rédigé par : kukai | mai 29, 2004 03:07 PM
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